2025-03-09-Bulletin_Hinokage_EgliseChretienne
Exode chapitres 4-6 « Je suis l’Éternel »
Le projet de délivrance du peuple d’Israël
Selon les études bibliques et archéologiques contemporaines, l’époque où Moïse reçut de Dieu la mission de libérer le peuple d’Israël se situerait vers le XIIIe siècle avant notre ère, une période particulièrement documentée par l’égyptologie moderne.
Le livre de l’Exode (1:11) nous rapporte que Pharaon fit travailler les Israélites pour « bâtir des villes d’entrepôts, Pithom et Ramsès ». Cette indication scripturaire correspond remarquablement aux découvertes archéologiques de la cité de « Pi-Ramsès », datée du XIIIe siècle avant J.-C. Les fouilles menées dans cette région du delta du Nil, notamment par les égyptologues Jean-François Champollion et Auguste Mariette, ont révélé de nombreuses traces attestant la présence d’ouvriers étrangers sur les grands chantiers de construction royaux de cette époque.
D’autres correspondances entre le récit biblique et les données archéologiques existent, mais abordons maintenant le cœur de notre méditation.
Dans l’Exode 4:21, Dieu s’adresse à Moïse en ces termes (selon la traduction Louis Segond) :
« L’Éternel dit à Moïse : En partant pour retourner en Égypte, considère tous les prodiges que je mets en ta main : tu les feras devant Pharaon. Et moi, j’endurcirai son cœur, et il ne laissera point aller le peuple.
Tu diras à Pharaon : Ainsi parle l’Éternel : Israël est mon fils, mon premier-né. Je te dis : Laisse aller mon fils, pour qu’il me serve ; si tu refuses de le laisser aller, voici, je ferai périr ton fils, ton premier-né. »
Nous constatons ici un apparent paradoxe divin : Dieu envoie Moïse libérer Israël tout en annonçant qu’Il endurcira le cœur de Pharaon. Pour la libération d’Israël, il aurait semblé plus simple que Pharaon acquiesce immédiatement à la demande divine, mais Dieu annonce expressément qu’Il endurcira son cœur.
Ce paradoxe pourrait nous interpeller : pourquoi Dieu, dans sa toute-puissance, choisit-Il la voie de la résistance plutôt que celle de la facilité ? Pourquoi ne pas adoucir le cœur de Pharaon au lieu de l’endurcir ?
Le dessein divin concernant la libération d’Israël dépassait la simple conquête d’un territoire promis. Au-delà de l’acquisition d’une terre fertile, cette épreuve s’inscrivait dans le plan salvifique de Dieu pour racheter l’humanité, marquée par le péché originel depuis sa naissance.
Il convient d’ailleurs de préciser que le terme hébreu « Hazaq », traduit par « endurcir », peut également signifier « renforcer » ou « affermir ». On peut donc l’interpréter comme une intensification des dispositions naturelles et des choix préexistants de Pharaon, plutôt qu’une transformation radicale de sa personnalité. Pharaon était déjà prédisposé à l’obstination ; Dieu n’a pas transformé un caractère naturellement conciliant en un caractère obstiné spécifiquement pour cette épreuve.
Moïse rencontra son frère Aaron au mont Horeb, également appelé Sinaï, montagne sacrée où plus tard Dieu donnerait sa Loi au peuple élu.
Moïse communiqua à Aaron la révélation divine et le récit des événements miraculeux qu’il avait vécus. Ensemble, ils rassemblèrent les anciens d’Israël pour leur partager le plan divin de libération.
Pour attester l’authenticité de leur mission, ils manifestèrent les signes que Dieu avait confiés à Moïse : le bâton qui se transformait en serpent et la main qui devenait lépreuse avant d’être restaurée. Ces signes convainquirent les anciens qui, reconnaissant l’intervention divine en réponse à leurs souffrances, adorèrent l’Éternel.
Ainsi commença l’épopée de l’Exode, événement fondateur de l’identité juive, connu aujourd’hui par les épisodes emblématiques du Décalogue (les Dix Commandements) et de la traversée miraculeuse de la mer Rouge.
Ce récit ne se limite pas à une simple libération d’Égypte ; il constitue le paradigme de l’itinéraire spirituel de l’humanité qui, marquée par le péché, alterne entre révolte contre Dieu et repentir, tout au long de son pèlerinage terrestre, symbolisé par la traversée du désert.
Pharaon obstiné
Moïse et Aaron se présentèrent devant Pharaon, souverain absolu de l’empire égyptien.
« Ainsi parle l’Éternel, le Dieu d’Israël : Laisse aller mon peuple, pour qu’il célèbre une fête en mon honneur dans le désert. »
C’est vraisemblablement Aaron qui porta la parole, compensant les difficultés d’élocution de Moïse. La réponse de Pharaon ne se fit pas attendre :
« Qui est l’Éternel, pour que j’obéisse à sa voix et que je laisse aller Israël ? Je ne connais point l’Éternel, et je ne laisserai point aller Israël. »
Cette réaction s’inscrit dans une logique politique compréhensible. Aucun souverain n’accepterait spontanément de libérer une main-d’œuvre aussi nombreuse et productive sur simple demande.
Moïse et Aaron tentèrent alors une approche plus diplomatique : « Le Dieu des Hébreux s’est manifesté à nous. Permets-nous de faire trois journées de marche dans le désert pour offrir des sacrifices à l’Éternel, notre Dieu, afin qu’il ne nous frappe pas de la peste ou de l’épée. »
Il est intéressant de noter qu’ils utilisent ici le pronom « nous » (« afin qu’il ne nous frappe pas »), alors que les fléaux frapperont finalement les Égyptiens et non les Israélites. Cette formulation diplomatique évitait sans doute une menace directe qui aurait accru l’hostilité de Pharaon.
Cette nuance reflète également la vision cosmologique du Proche-Orient ancien, où le jugement divin était perçu comme pouvant affecter collectivement une région entière. Si les Israélites désobéissaient à leur Dieu, tous les habitants de cette terre, Égyptiens comme Israélites, pouvaient en subir les conséquences.
Pharaon répondit avec irritation : « Moïse et Aaron, pourquoi détournez-vous le peuple de ses occupations ? Retournez à vos travaux. Ce peuple est maintenant nombreux dans le pays, et vous lui feriez interrompre ses travaux ? »
C’est ainsi que la première tentative de négociation échoua, Moïse et Aaron étant éconduits sans ménagement.
Suite à cette entrevue, Pharaon, animé par la colère, édicta de nouvelles directives aux contremaîtres :
« Vous ne fournirez plus comme auparavant de la paille au peuple pour la fabrication des briques ; qu’ils aillent eux-mêmes ramasser la paille nécessaire. Mais vous exigerez la même quantité de briques qu’ils produisaient antérieurement, sans aucune réduction. Ce sont des paresseux ; voilà pourquoi ils crient : ‘Allons sacrifier à notre Dieu.’ Accablez ces hommes de travail ; qu’ils s’y appliquent et ne prêtent plus attention à des paroles mensongères. »
Pharaon ne reconnaissait ni l’autorité de Moïse et Aaron, ni celle de leur Dieu. Il interprétait leur démarche comme une simple manœuvre des Israélites pour échapper à leurs obligations laborieuses.
Les techniques de construction de l’époque méritent ici quelques précisions. Les briques égyptiennes étaient fabriquées à partir du limon du Nil mélangé à de la paille, qui servait d’armature naturelle, ainsi qu’à du sable en proportion adéquate. Après malaxage avec de l’eau, ce mélange était séché au soleil. Contrairement aux briques modernes cuites au four, ces briques crues possédaient d’excellentes propriétés isolantes et une remarquable durabilité dans le climat sec égyptien, malgré une résistance mécanique inférieure.
La paille constituait donc un composant essentiel de ces matériaux de construction. Auparavant, dans un souci d’efficacité productive, l’administration égyptienne fournissait cette matière première aux ouvriers. Désormais contraints de collecter eux-mêmes la paille tout en maintenant leur production quotidienne de briques, les Israélites se trouvèrent dans une situation intenable.
« Pourquoi n’avez-vous pas achevé hier et aujourd’hui la quantité de briques prescrite, comme précédemment ? »
Les Israélites subissaient les coups des surveillants égyptiens face à l’impossibilité matérielle de respecter ces quotas.
Lorsqu’ils tentèrent d’exposer à Pharaon l’injustice de la situation : « La production des briques est devenue impossible dans ces conditions, la responsabilité en incombe aussi à vous, Égyptiens », celui-ci rétorqua sèchement : « Silence ! Vous n’êtes que des paresseux, des paresseux ! C’est pourquoi vous dites : ‘Allons offrir des sacrifices à l’Éternel.’ Maintenant, allez travailler ! On ne vous donnera point de paille, et vous livrerez la même quantité de briques. »
Quelle catastrophe ! Les Israélites attribuèrent leur malheur à l’intervention malencontreuse de Moïse et Aaron.
Le mécontentement s’intensifia parmi le peuple. Lorsqu’ils rencontrèrent Moïse et Aaron qui venaient vers eux, ils leur adressèrent de vifs reproches :
« Que l’Éternel vous regarde et qu’il juge ! Vous nous avez rendus odieux à Pharaon et à ses serviteurs, vous avez mis une épée dans leurs mains pour nous faire périr. »
Face à ces accusations amères, Moïse et Aaron demeurèrent sans défense verbale.
Moïse, profondément troublé, s’adressa à Dieu avec une sincérité désarmante :
« Seigneur, pourquoi as-tu fait du mal à ce peuple ? Pourquoi m’as-tu envoyé ? Depuis que je me suis présenté devant Pharaon pour parler en ton nom, il fait du mal à ce peuple, et tu n’as point délivré ton peuple. »
Cette remontrance peut sembler légitime à première vue, mais elle révèle en réalité une fragilité dans la foi de Moïse. Malgré les prodiges divins dont il avait été témoin, un doute persistait dans son cœur ; sa confiance en Dieu n’était pas encore pleinement établie.
Il espérait probablement un succès immédiat ou, à tout le moins, n’anticipait certainement pas une aggravation de la situation suite à sa première démarche.
Malgré son éducation princière reçue à la cour d’Égypte durant sa jeunesse, Moïse, comme il le reconnaissait lui-même, manquait d’éloquence et d’expérience dans la gestion des relations sociales complexes.
Face à ce premier échec, il aurait dû se dire : « Cette réaction initiale est compréhensible ; Pharaon pourrait chercher à se venger, mais Dieu viendra assurément à notre secours selon sa promesse. »
Pour comprendre pleinement ce récit, rappelons que les Israélites étaient initialement venus en Égypte lorsque Joseph, fils de Jacob, avait sauvé ce pays d’une terrible famine selon le plan divin. Accueillis favorablement par le Pharaon de l’époque, ils s’étaient installés dans la fertile région de Goshen.
Cependant, au fil des générations, la mémoire de cette intervention providentielle s’était estompée, permettant à un nouveau Pharaon d’affirmer : « Je ne connais point l’Éternel », et de réduire les Hébreux à un état de servitude oppressante.
Bien que destinés, selon la promesse divine, à s’établir en Terre de Canaan, les Israélites auraient peut-être connu un sort différent en Égypte s’ils avaient préservé et transmis activement la mémoire de leur salut miraculeux quatre siècles auparavant.
Dans une perspective théologique profonde, on pourrait même suggérer que la cause lointaine du dramatique dénouement – la mort des premiers-nés égyptiens, y compris le fils de Pharaon – résidait en partie dans cette amnésie spirituelle collective du peuple hébreu.
Les miracles de Dieu
Dieu répondit à l’angoisse de Moïse par cette déclaration : « Tu verras maintenant ce que je vais faire à Pharaon : contraint par une main puissante, il laissera partir les Israélites ; oui, forcé par une main puissante, il les chassera de son pays. »
Moïse retourna vers les Israélites pour leur transmettre cette parole d’espérance. Mais accablés par la servitude que Pharaon avait aggravée, ils n’étaient plus disposés à l’écouter.
Dieu ordonna alors à Moïse : « Va parler à Pharaon, roi d’Égypte, pour qu’il laisse les Israélites sortir de son pays. »
Moïse, profondément découragé, objecta : « Voici, les Israélites ne m’écoutent point ; comment Pharaon m’écouterait-il, moi qui ai les lèvres incirconcises ? »
L’expression « lèvres incirconcises » constitue une métaphore sémitique ancienne évoquant une difficulté d’élocution. Cette formulation pouvait désigner un trouble articulatoire réel, une timidité paralysante face à l’autorité, ou encore exprimer, par une formule d’humilité caractéristique de la spiritualité biblique, la conscience de son indignité devant la mission divine.
Dieu répondit à Moïse par une déclaration majestueuse :
« Vois, je t’établis comme Dieu pour Pharaon, et Aaron, ton frère, sera ton prophète. Tu transmettras tout ce que je t’ordonnerai, et Aaron, ton frère, parlera à Pharaon pour qu’il laisse partir les Israélites de son pays.
Et moi, j’endurcirai le cœur de Pharaon, et je multiplierai mes signes et mes prodiges dans le pays d’Égypte. Pharaon ne vous écoutera pas.
Je porterai ma main contre l’Égypte et je ferai sortir mes armées, mon peuple, les Israélites, du pays d’Égypte, par de grands jugements.
Les Égyptiens reconnaîtront que je suis l’Éternel, lorsque j’étendrai ma main sur l’Égypte et que je ferai sortir du milieu d’eux les Israélites. »
« Je t’établis comme Dieu pour Pharaon » : cette formule extraordinaire signifie que Dieu confère à Moïse une autorité transcendante, quasi divine, devant Pharaon qui se considérait lui-même comme une incarnation divine selon la théologie égyptienne.
Pour compenser les difficultés d’expression de Moïse et son manque d’assurance, Dieu institue Aaron comme son interprète et porte-parole.
Ainsi, toutes les paroles divines seront transmises par la bouche d’Aaron, mais l’autorité spirituelle demeure confiée à Moïse.
Pourquoi Dieu choisit-il Moïse, hésitant et fragile, plutôt qu’Aaron, naturellement éloquent ? Ce choix s’inscrit dans une pédagogie divine constante à travers l’histoire sainte : Dieu ne choisit pas les puissants et les capables, mais les faibles et les humbles.
Si Dieu privilégiait systématiquement les forts et les habiles, l’humanité conclurait : « Rien d’étonnant à ce succès, étant données ses compétences naturelles. » Mais pour manifester sa puissance sans équivoque, Dieu privilégie les instruments humains fragiles et imparfaits.
Cette vérité théologique nous concerne personnellement : Dieu nous choisit, nous aussi, malgré nos faiblesses et nos limites, et sa grâce opère à travers notre fragilité même.
Lorsque Moïse et Aaron retournèrent auprès de Pharaon, celui-ci exigea :
« Donnez-moi une preuve miraculeuse attestant votre mission divine. »
Moïse dit alors à Aaron :
« Jette ton bâton devant Pharaon. »
Aaron obéit, et le bâton se métamorphosa en serpent vivant.
« Êtes-vous maintenant convaincu ? » demanda Moïse.
Mais Pharaon rétorqua avec dédain :
« Cela ? Nos magiciens en sont tout aussi capables ! »
Pharaon convoqua les sages et les magiciens d’Égypte qui reproduisirent effectivement le même prodige, leurs bâtons se transformant également en serpents.
Cependant, un fait décisif se produisit : le serpent issu du bâton d’Aaron dévora ceux des magiciens, signe de la supériorité du pouvoir divin sur les arts occultes égyptiens.
Malgré cette démonstration éloquente, Pharaon persista dans son refus obstiné d’obtempérer à la demande divine.
Le lendemain, selon les instructions divines, Moïse intercepta Pharaon qui se rendait au bord du Nil, fleuve vénéré comme une divinité nourricière par les Égyptiens.
Moïse proclama solennellement :
« L’Éternel, le Dieu des Hébreux, m’a envoyé vers toi pour te dire : ‘Laisse aller mon peuple, afin qu’il me serve dans le désert.’
Jusqu’à présent, tu n’as point écouté. Voici donc ce que déclare l’Éternel : ‘À ceci tu reconnaîtras que je suis l’Éternel : je vais frapper les eaux du Nil avec le bâton que je tiens ; elles seront changées en sang. Les poissons périront, le fleuve deviendra fétide, et les Égyptiens ne pourront plus en boire l’eau.’ »
S’adressant ensuite à Aaron, il ordonna :
« Prends ton bâton et étends ta main sur les eaux d’Égypte – sur leurs fleuves, leurs canaux, leurs étangs et toutes leurs nappes d’eau – afin qu’elles deviennent du sang. Il y aura du sang dans tout le pays d’Égypte, même dans les récipients de bois et de pierre. »
Aaron frappa les eaux du Nil avec son bâton, et sous les yeux stupéfaits des témoins, toutes les eaux se transformèrent en sang.
Ce n’était pas une simple coloration partielle, mais une transformation totale : le fleuve devint putride et impropre à la consommation.
Cette catastrophe écologique constituait une crise existentielle pour l’Égypte, car sans eau potable, toute vie devient rapidement impossible. Néanmoins, Pharaon s’obstina dans son refus, conforté par le fait que ses magiciens parvinrent également à transformer de l’eau en sang par leurs incantations.
Une question théologique se pose légitimement : pourquoi Dieu permet-il aux magiciens égyptiens d’imiter partiellement ces signes miraculeux destinés précisément à manifester sa singularité divine, comme la transformation du bâton en serpent ou celle de l’eau en sang ?
La pédagogie divine procède par étapes progressives dans la manifestation de sa puissance.
Les premiers prodiges pouvaient être partiellement reproduits par les arts occultes égyptiens, mais les fléaux ultérieurs dépasseront totalement leurs capacités.
Même dans ce premier cycle de signes, la supériorité divine s’affirme déjà symboliquement : le serpent d’Aaron dévore ceux des magiciens, illustrant la victoire ultime du Dieu d’Israël.
La confrontation entre Moïse et Pharaon suivra désormais un schéma répétitif : avertissement divin, fléau, simulacre de repentir de Pharaon suivi d’un nouveau refus obstiné de libérer les Israélites.
Les magiciens égyptiens parvinrent à imiter la transformation des eaux en sang, puis celle des grenouilles envahissant tout le pays, mais ils échouèrent face au troisième fléau : l’invasion des moustiques, reconnaissant alors : « C’est le doigt de Dieu. »
Lors du quatrième fléau – l’invasion d’insectes nuisibles – une distinction géographique miraculeuse apparut : la région de Goshen, habitée par les Israélites, fut entièrement épargnée, établissant une séparation manifeste entre les Égyptiens et le peuple élu.
Cette distinction se confirma lors de l’épizootie qui décima le bétail égyptien alors que les troupeaux israélites demeuraient indemnes.
Lors du sixième fléau – les ulcères affligeant hommes et bêtes – même les magiciens ne purent comparaître devant Pharaon, atteints eux-mêmes par ces plaies douloureuses.
La grêle dévastatrice du septième fléau anéantit les récoltes et tua le bétail de ceux qui avaient négligé l’avertissement divin, tandis que les terres israélites restaient préservées.
Le huitième fléau, l’invasion de sauterelles, fut si dévastateur que même les conseillers de Pharaon l’exhortèrent à céder aux exigences divines.
Pendant les ténèbres épaisses du neuvième fléau – obscurité palpable enveloppant l’Égypte jour et nuit – la lumière continuait de briller dans les demeures israélites de Goshen.
Enfin, l’ultime et plus terrible fléau frappa tous les premiers-nés d’Égypte, de l’héritier de Pharaon jusqu’au fils de la servante.
Ces dix fléaux, s’intensifiant graduellement, établissaient une distinction toujours plus nette entre Israélites protégés et Égyptiens frappés. Chaque catastrophe constituait également une confrontation directe avec les divinités égyptiennes correspondantes :
Le fléau du sang visait Hâpi, dieu du Nil, et Apis, taureau sacré
Les grenouilles défiaient Héqet, déesse de la fertilité à tête de grenouille
Les sauterelles confrontaient Shou, dieu de l’air et des récoltes
Les ténèbres contestaient directement la suprématie de Rê (Râ), dieu solaire principal
Le dernier fléau atteignait l’institution pharaonique elle-même, Pharaon étant considéré comme l’incarnation divine d’Horus, fils d’Osiris
Ces interventions divines ne visaient pas simplement à infliger des souffrances aux Égyptiens, mais à démontrer la réalité transcendante du Dieu d’Israël et sa volonté souveraine : libérer son peuple, son “premier-né”, pour qu’il puisse servir le vrai Dieu, l’Éternel, au-delà des idoles et des fausses divinités.
La direction de Dieu et son invitation pour nous aujourd’hui
Le récit de l’Exode, malgré son ancienneté millénaire, nous adresse un message étonnamment contemporain et profondément personnel.
L’obstination du cœur de Pharaon peut nous servir de miroir introspectif. Dans notre quotidien effréné, confrontés aux multiples sollicitations et tentations de notre époque, ne négligeons-nous pas parfois cette voix intérieure qui cherche à nous guider ?
À travers l’histoire de la Révélation, nous observons une progression dans le mode de communication divine : pendant l’ère vétérotestamentaire, Dieu le Père s’adressait directement aux hommes par des théophanies et des interventions surnaturelles ; dans la période du Nouveau Testament, c’est le Verbe incarné, le Fils, Jésus-Christ, qui a parlé directement à l’humanité ; aujourd’hui, dans l’économie actuelle du salut, c’est l’Esprit Saint qui nous interpelle dans l’intimité de notre conscience.
N’avez-vous jamais ressenti ce trouble intérieur, cette inquiétude subtile qui vous interroge : « Est-ce vraiment le bon chemin ? N’est-ce pas contraire à la vérité profonde de mon être ? »
Ces questionnements peuvent être la manifestation de l’Esprit Saint qui nous adresse, avec délicatesse et respect de notre liberté, ses avertissements salvateurs :
« Ne t’égare pas dans cette direction, ne laisse pas ton cœur s’attacher aux idoles contemporaines, reviens vers moi qui suis la source de toute vie. »
Vingt siècles nous séparent de l’époque du Christ, trente-trois siècles de celle de Moïse. Notre culture, nos modes de vie, notre compréhension scientifique du monde ont considérablement évolué, mais la vérité essentielle des Écritures demeure inaltérée dans son noyau spirituel.
L’être humain ne peut s’épanouir pleinement séparé de sa source transcendante.
Éloigné de Dieu, notre cœur s’endurcit progressivement comme celui de Pharaon, nous nous enfonçons dans diverses formes d’aliénation spirituelle, et c’est finalement l’intégrité même de notre être qui se trouve menacée.
Dans la vigueur de la jeunesse ou au sommet de nos réussites professionnelles, nous pouvons entretenir l’illusion d’une autosuffisance : « Je n’ai pas besoin de Dieu pour construire mon existence. »
Mais les épreuves de la vie, la fragilité de notre condition corporelle qui se manifeste avec l’âge, l’inévitable confrontation avec notre finitude nous révèlent cette vérité fondamentale : l’être humain n’est pas conçu pour la solitude existentielle.
Dieu, dans son infinie sagesse, a accordé à chacun le don inestimable de la liberté intérieure, qui explique nos errances et nos résistances.
Après nous avoir fait ce don risqué de l’autonomie spirituelle, il attend avec une patience infinie notre retour librement consenti.
« Reviens vers moi » – cette invitation traverse toute l’histoire biblique et s’adresse personnellement à chacun d’entre nous.
Gardons-nous d’une conception réductrice qui ferait de Dieu un simple auxiliaire dans nos difficultés, une ressource spirituelle parmi d’autres.
Le Créateur nous a non seulement donné l’existence, mais il nous a confié la gestion responsable de ce monde, une intendance qui appelle sagesse et humilité.
Notre dignité humaine implique de ne pas nous laisser égarer par l’orgueil de nos capacités, mais de cultiver la bienveillance universelle et la rectitude morale dans toutes nos relations.
Et Dieu, comme un père attendant le retour de l’enfant prodigue, espère notre réponse libre à son invitation à marcher ensemble sur le chemin de la vie authentique.
Puissions-nous, par nos choix quotidiens et notre façon d’être, devenir ces personnes qui réjouissent le cœur de Dieu et manifestent sa présence dans notre monde contemporain.