2026-01-18-Bulletin_Hinokage_EgliseChretienne

Ecclésiaste 3 : « À bientôt »

Qu’est-ce que l’Ecclésiaste ?

Traditionnellement, on attribuait l’Ecclésiaste au roi Salomon. Pourtant, son nom n’apparaît jamais dans le texte, et l’hébreu utilisé n’est pas l’hébreu classique de l’époque de Salomon.

De plus, le contenu reflète une vision du monde bien différente de celle du règne prospère de Salomon : « Le monde est injuste », « La sagesse est vaine », « Les justes ne sont pas récompensés », « Le travail est comme poursuivre le vent ». Cela ressemble à notre monde moderne, n’est-ce pas ? L’état d’esprit est clairement différent de l’époque florissante de Salomon. Tout porte à croire qu’il a été écrit par une autre personne, à une autre époque.

Pour le dire autrement, l’Ecclésiaste serait comme un essai philosophique :

« Si Salomon, après avoir acquis sagesse, richesse et pouvoir, faisait le bilan de sa vie, que dirait-il ? »

C’est une expérience littéraire : « Même l’homme le plus accompli trouve la vie vaine. »

Ce livre n’est pas adressé à une personne en particulier, mais à « ceux qui cherchent la sagesse », à « la communauté juive », et à « tous les êtres humains ».

À l’époque de sa rédaction, le peuple juif avait connu la captivité à Babylone, puis la libération. Mais sous la domination de l’Empire perse, la glorieuse dynastie de David n’avait pas été restaurée.

Dieu leur avait promis la terre, une descendance aussi nombreuse que les étoiles. Mais la réalité était dure, vide de sens. Les justes souffraient, les méchants prospéraient.

« Dieu est-il vraiment juste ? »

« La vie a-t-elle un sens ? »

« Qu’y a-t-il après la mort ? »

Les Juifs de cette époque devaient se débattre avec ces questions.

L’Ecclésiaste affronte ces interrogations de face. Il évite les réponses faciles, mais nous appelle finalement à craindre Dieu.

  • Montrer les limites humaines (ni la sagesse, ni la richesse, ni le pouvoir ne donnent la réponse ultime ; les limites de la perspective humaine sans Dieu ; l’orgueil humain)
  • Briser les fausses espérances (« Le succès apporte le bonheur », « Les bons sont bénis », l’optimisme facile)
  • Inviter à une foi honnête (une foi sans artifice, la légitimité du doute, une lutte sincère avec Dieu)
  • Conduire à la crainte de Dieu (la foi dans l’incertitude, faire confiance à Dieu sans voir l’ensemble)

Les clés pour lire l’Ecclésiaste

  • Comprendre le sens de « vanité » (hebel)
  • Ce n’est pas du nihilisme
  • Quand il dit « vanité », ce n’est pas une affirmation définitive, mais une invitation à la foi dans la fragilité et l’incertitude
  • Comprendre les affirmations contradictoires
  • Tantôt « réjouis-toi », tantôt « tout est vanité »
  • Les deux sont vrais, et nous devons vivre avec cette tension
  • Comprendre le sens de « Qui sait ? »
  • Le Qohelet (l’auteur de l’Ecclésiaste) ne tranche pas
  • L’honnêteté de dire « ce que je ne sais pas, je ne le sais pas »
  • L’importance de la confiance en Dieu

L’Ecclésiaste est un livre très difficile. Mais si vous comprenez 3% à la première lecture, c’est déjà bien. Puis, en étudiant d’autres passages bibliques et en le relisant, vous comprendrez 5%, puis 8%, puis 10%… comme le prix de l’essence en France : ça monte, ça monte, sans jamais redescendre !

Mais revenons au sujet.

Ecclésiaste chapitre 1

L’Ecclésiaste 1 commence par les paroles du roi Salomon, fils de David.

Il décrit le monde vu « sous le soleil », c’est-à-dire du point de vue humain, sans Dieu :

La vie humaine est profondément vaine.

On travaille dur chaque jour, mais le soleil tourne implacablement, le vent souffle, 
les rivières coulent vers la mer, et rien ne change.

L'être humain est fatigué de tout, rien de ce qu'il voit ou entend ne le satisfait.

Chaque jour est une répétition, et cela continue indéfiniment.

Vous serez oublié, votre nom ne sera pas retenu.

J'ai examiné tout ce qui se passe dans le monde avec toute ma sagesse, 
mais c'était un travail pénible.

Ce qui est perdu disparaît et ne revient jamais.

J'ai pensé avec fierté : « J'ai acquis toute la connaissance », 
j'ai cherché à connaître la folie et la sottise, mais c'était vide.

Plus on acquiert de sagesse, plus on réalise la vanité de toutes choses.

Ecclésiaste chapitre 2

Au chapitre 2, Salomon expérimente « le plaisir, le succès, la sagesse », mais la vanité persiste.

Ecclésiaste chapitre 3

Salomon dit :

Ecclésiaste 3:1

1. Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux.

Au verset 1 du chapitre 3, Salomon change de perspective et montre que même les événements qui semblent vains aux yeux humains ont leur « temps » du côté de Dieu.

L’être humain ne peut pas choisir son « temps », ni comprendre l’œuvre de Dieu dans sa totalité.

C’est pourquoi Salomon nous dit : au lieu de chercher à percer l’éternité, accueille le « maintenant » qui t’est donné comme un don de Dieu.

Il dit encore :

L’éternité est incompréhensible.

C’est pourquoi, reçois avec gratitude le « maintenant » qui t’est donné comme un don de Dieu.

Nous devons craindre Dieu.

Le monde des humains

Ici, Salomon revient à « sous le soleil », au monde visible à l’œil humain.

Le monde est rempli d’injustice.

Salomon pense :

« Dieu a établi tous ses plans, il jugera donc le méchant comme le juste. »

Il y a un temps pour le jugement. Même si le mal prospère, il sera jugé selon le plan de Dieu. Tout a son temps.

Le texte de l’Ecclésiaste continue :

Dieu a placé l’être humain dans un monde où :

La vie est limitée,

L’injustice règne,

La mort est inévitable,

Les efforts ne sont pas toujours récompensés.

Et ce qui arrive aux humains arrive aussi aux bêtes.

Une même chose leur arrive.

Comme l’un meurt, l’autre meurt aussi.

L’être humain possède la sagesse, cherche le sens, aspire à l’éternité.

Mais la mort est inévitable, l’avenir est incertain, il ne contrôle pas sa propre fin.

Sur ce point, il ne diffère pas des bêtes.

Dieu n’explique pas cela, ne donne pas de réponse.

Il a simplement donné le temps, donné le labeur, donné la mort, et permis l’injustice.

Et il a fait en sorte que l’être humain réalise de lui-même :

« Tiens ? Je ne comprends pas le monde. »

« Je pensais que tout avait un sens, mais je ne contrôle rien. »

L’Ecclésiaste enseigne que :

« L’être humain peut dominer le monde par sa raison »

« Avec la sagesse, on atteint la réponse »

« La justice est toujours récompensée »

« L’être humain est spécial et peut transcender la mort »

Tout cela est illusion.

Dieu a placé l’être humain dans la réalité, lui a fait réaliser que devant la mort, humains et bêtes sont égaux, et lui a fait prendre conscience de ses limites.

La sagesse fait souffrir davantage, mais c’est précisément en réalisant cela qu’on peut enfin se placer dans une position de crainte de Dieu.

À bientôt

Ecclésiaste 3:21

21. Qui sait si le souffle des humains monte en haut, 
    et si le souffle des bêtes descend en bas vers la terre ?

Ce passage peut sembler dire que l’âme humaine va au ciel, mais pas celle des animaux.

Pourtant, en lisant l’Ecclésiaste depuis le chapitre 1, on voit que ce livre ne tranche jamais sur ce que Dieu fait. Il présente tout comme « inconnu ».

Ce passage peut donc être interprété ainsi : « Où vont l’âme humaine et l’âme animale ? Personne ne le sait. »

C’est quelque chose que seul Dieu sait, et que nous ne pourrons jamais savoir.

Votre petite famille bien-aimée

Dans cette église chrétienne de Hinokage où j’ai la grâce de vivre, il y a de très petites et adorables familles.

Il y a environ trois ans, de petits chatons errants sont arrivés. Au début, ce n’était pas prévu, mais peu à peu, ils sont devenus membres de la famille de l’église.

Nous ne parlons pas la même langue, mais après avoir passé longtemps ensemble, ils viennent sur mes genoux quand je me détends, dorment avec moi dans le futon. Ils sont devenus des présences indispensables, précieuses.

J’aime beaucoup les chats. Avant de déménager à Hinokage, quand je vivais à Osaka, j’avais un chat avec moi.

Comme j’étais souvent absent pour le travail, il est tombé malade de stress. J’ai demandé à ma mère de l’emmener à Hinokage, mais il est mort à cause d’une blessure reçue dans une bagarre avec un chat errant.

J’ai été sous le choc pendant un an (rires nerveux).

Aujourd’hui, mes inquiétudes portent sur ma mère et les chats actuels. Nous sommes ensemble maintenant, mais un jour, ils partiront tous avant moi.

Est-ce qu’on se reverra un jour ?

Quand j’aurai fini ma mission dans ce monde et que je rentrerai au ciel, est-ce qu’on se reverra ?

Je ne le sais pas. Mais Dieu fait toutes choses pour le bien. Alors je prie simplement : « Seigneur, permets-nous de nous retrouver quand je rentrerai au ciel. »

En priant ainsi, en croyant en Dieu, en lui faisant confiance, dans l’espoir de nous revoir, je veux vivre en me tournant vers Dieu et en revenant à lui.

À bientôt.


Notes pour les lecteurs francophones

Contexte japonais :

  • L’auteur est pasteur dans une petite église rurale au Japon, dans la préfecture de Miyazaki
  • La culture japonaise valorise l’humilité et l’expression indirecte des émotions
  • Le « (rires nerveux) » traduit « (草) » (kusa), une expression internet japonaise pour masquer la tristesse par l’humour

Note du traducteur sur l’humour :

  • Le texte original japonais fait une blague sur la taxe de consommation japonaise : « 3%, puis 5%, puis 8%, puis 10%… comme la taxe de consommation ! »
  • Ces chiffres ronds et progressifs créent un humour parfait en japonais
  • En français, impossible de garder cette progression numérique avec le prix de l’essence (0,90€ → 1,20€ → 1,50€ → 2,00€ sur 20 ans… ce n’est pas aussi drôle !)
  • J’ai donc adapté en gardant l’esprit : « ça monte, ça monte, sans jamais redescendre ! »
  • Les Français comprendront immédiatement la référence aux Gilets Jaunes de 2018

Adaptation théologique :

  • Le débat sur Ecclésiaste 3:21 existe aussi dans la tradition francophone
  • Les traductions françaises (TOB, Segond 21, NBS) penchent pour l’interprétation interrogative
  • Cette prédication s’inscrit dans la tradition réformée de l’honnêteté face aux textes difficiles

Note pastorale :

  • Dans la culture française, parler des animaux de compagnie dans un contexte théologique peut sembler inhabituel
  • Mais cette sincérité et cette vulnérabilité sont au cœur du message évangélique
  • L’espérance chrétienne n’élimine pas les questions, elle les confie à Dieu